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Vayigach :

***Un acte total.

Pourquoi Yehouda s'est-il sacrifié pour sauver Binyamin ?

Le Rambam(Maimonide) nous enseigne (Hil'hot Téchouva) qu'une Téchouva complète ne s'effectue que si l'on se retrouve exactement dans les mêmes circonstances où nous avons déjà fauté, et que malgré tout nous parvenons à surmonter notre mauvais penchant et à ne pas réitérer notre faute.

C'est ce qui se passa avec Yehouda, lui qui fut le premier à inciter les autres à vendre Yossef, et qui fut insensible à ses supplications. Lorsqu'il se retrouva à nouveau face à un Yossef qui souhaitait retenir Binyamin prisonnier, il se porta garant de ce dernier envers Yaacov. Et, bien qu'il aurait pu être jaloux de Binyamin, le bien-aimé de Yaacov et se liberer de ses obligations, prétendant un cas de force majeure et laissant Binyamin se débrouiller seul avec Yossef.

Mais Yehouda se surpassa. Il fit preuve d'un don total de soi, au-delà des limites. Yehouda témoigna d'une compassion sans borne, allant presque déclarer la guerre au roi d'Egypte (Yossef) pour sauver son frère cadet. Cela plut à Yossef, et c'est après cet événement qu'il décida de se dévoiler à tous.

Le repentir d'une faute consiste à s'investir de tout son être afin de ne pas recommencer ! Parfois, Hachem nous replace devant une faute pour arriver à se surpasser bien qu'il nous semble impossible de ne pas récidiver. L'issue : un don total de soi.

"Car le Juste tombe sept fois et se relève: mais les méchants trébucheront et ne se relèveront pas." (Proverbes 24,16).

Même si l'on est tombé, l'essentiel est de savoir se relever.

Remarque: une personne qui tombe sept fois et qui se relève est considéré comme un Juste

* * * suite... Un amour éternel.

L'impact de cette acte héroïque sur l'histoire. En rentrant en Israël, la tribu de Binyamin s'est vue octroyer un territoire mitoyen à celui de Yehouda.

Le Temple aussi se situe sur la terre de Binyamin et de Yehouda.

Lors du schisme, dix tribus se sont révoltées contre la royauté de Yehouda. La seule tribu restée fidèle à Yehouda fut celle de Binyamin qui, jusqu'à aujourd'hui, est considérée être la seule des dix autres tribus qui ne se soit pas perdue.

Enfin, depuis 2000 ans, la tribu de Binyamin s'est pour ainsi dire confondue avec celle de Yehouda, tous les bnéi Israël s'appelant aujourd'hui Yehoudim (juif) du nom de Yehouda. La force du don de soi forge un lien éternel.

* * * La vérité.

Yehouda dit :
"Car comment retournerai-je près de mon père sans ramener son enfant ?"
(Genèse, 44, 34)

Yossef dit à ses frères :
"Je suis Yossef, est-ce que mon père est encore en vie ?
Et ses frères ne purent lui répondre car ils furent frappés de stupéfaction."
(Genèse, 45, 3)

Deux questions se posent :

. Yossef, ne sait-il pas depuis longtemps que son père est encore en vie ?

. Pourquoi les frères de Yossef furent-ils frappés de stupéfaction, à un point tel que le Midrach nous dit qu'ils ont enfoui leur tête dans la terre ?

Réponse :

Yehouda dit a Yossef "Pour un jugement équitable et juste envers Binyamin, il faut prendre en considération le danger de vie de notre père."

Yossef rétorque : S'il en est ainsi de vous qui recherchez une justice équitable, pourquoi au moment où vous me jugiez et me vendiez n'avez-vous pas pris en compte la vie de mon père ?

A cet instant, pris de honte, les frères enfouirent leur tête dans la terre.

C'est à ce propos que s'exclame Aba Cohen Bardela (dans le Midrach) :

"Gare à nous au jour du jugement !"

"Gare à nous au jour de la réprimande !"

Lorsque Yossef sermonna ses frères, pas un seul ne sut lui tenir tête. Ils comprirent : Qu'allons nous dire au jour du Grand Jugement ?

De la même façon, il est fréquent que nous soyons portés à juger les autres, mais lorsqu'il s'agit de nos proches ou de nous-mêmes notre jugement est bien différent.
Il arrive par exemple que nous nous énervions devant le comportement d'un enfant à la synagogue .
Quelques temps apres notre fils fit du bruit a la synagogue et voilà me voyant soudain sans reaction en jugeant cette situation favorablement .

Quand D-ieu nous montrera ces deux jugements ,nous pâlirons de honte .

Maintenant nous comprenons mieux cette affirmation du Traité 'Haguiga, 4b :

"Quand Rabbi Eléazar arrivait à ce verset : "Je suis Yossef, est-ce que mon père est vivant", il se mettait à pleurer".

* * * Le désarroi.

"Yossef dit à ses frères : "Je suis Yossef..."
Genèse, 45, 3.

Durant toute la durée de l'histoire et dès leur arrivée en Egypte, Yossef s'est comporté durement envers ses frères. Il feignait de les soupçonner d'être des espions et leur posa de nombreuses questions. Les frères cherchèrent des astuces pour tenter de se disculper et commencèrent à s'accuser entre eux.

De même lors du second voyage, ils s'étonnèrent de ce qu'il leur arrivait et s'exclamèrent : "Mais qu'est-ce que D-ieu nous a fait ?"
Ils restèrent dans l'inquiétude jusqu'à ce qu'ils entendirent sortir de la bouche de leur frère : "Je suis Yossef"'. C'est alors que tout s'éclaircit. Toutes les énigmes se dissipèrent en un instant et les doutes s'estompèrent. La vérité leur apparaissait au grand jour.

Aujourd'hui, la même scène se reproduit. Les hommes sont troublés à cause de leurs problèmes et de leurs souffrances, ils ne comprennent pas la raison de leur situation jusqu'au moment où dans le monde entier retentiront les mots suivants : "Je suis l'Eternel".
Alors, toutes les questions sur la direction du monde se clarifieront . Tout s'éclaircira, et tout le monde sera témoin que la main Divine a mené toutes les situations pour notre bien.

Le 'Hafets 'Haïm

* * * Mon père est-il toujours vivant ?

Mattitiyahou était un enfant de 10 ans, triste et renfermé. Il avait très peu d'amis et restait le plus souvent à l'écart des autres. Mais qui aurait pu le blâmer ?
Ses parents avaient divorcé alors qu'il n'avait que cinq ans, et depuis cette époque, il n'avait plus jamais revu son père. Sa mère s'était rapidement remariée, et son beau-père s'intéressait peu à Mattitiyahou, ni à sa petite sœur.
Chaque nuit était un tourment, et chaque jour une occasion de fuir la dure réalité familiale. Mais dans sa tête, Mattitiyahou ne pouvait pas réellement s'évader.

Son Rebbe, le Rav Its'hak Silver essayait désespérément d'entraîner Mattitiyahou dans la discussion. Mais il n'y parvenait jamais. Le garçon écoutait à peine en classe, son esprit était toujours vagabondant. Ses mauvais résultats aux examens n'étonnaient plus personne.

Chaque semaine, tandis qu'il racontait l'histoire de la paracha, Rabbi Silver s'interrompait au milieu de son récit pour poser une ou deux questions. Quand arriva la semaine de la paracha Vayigach (Génèse, 44, 18), Rabbi Silver décrivit aux enfants la scène du palais égyptien :

"Lorsque les fils de Yaacov furent interrogés par "le bras droit" de Pharaon lui-même, ils ne savaient pas que leur interrogateur n'était autre que leur propre frère Yossef, ce même Yossef qu'ils avaient vendu aux Ismaélites plusieurs années auparavant."

Rabbi Silver expliqua: "Selon le Midrach, Yehouda, qui parlait au nom de tous ses frères, avertit Yossef qu'ils commençaient à perdre patience, car leur vieux père Yaacov attendait leur retour à la maison. Il argua que Shimon avait déjà été fait prisonnier, et que les Egyptiens désiraient maintenant garder également Binyamin. Yehouda expliqua que leur père, déjà attristé par la disparition d'un fils des années auparavant, ne survivrait pas à la perte d'un second fils. Il menaçait ainsi Yossef de l'éventualité d'une guerre."
Le Rebbe poursuivit, devant une classe hypnotisée :
"La Torah nous explique que Yossef ne pouvait plus se contenir devant la tristesse de ses frères. Voyant ses frères bien-aimés ainsi tourmentés par sa seule faute, il fit rapidement sortir tous les Egyptiens de la pièce où ils se trouvaient réunis.
Il s'exclama alors: "Je suis Yossef ! Mon père est-il toujours vivant ?" La classe de Rabbi Silver attendit dans un silence de pierre la réponse des frères. Mais Rabbi Silver interrompit le récit pour poser une question :

"Les enfants, d'après vous, comment Yossef pouvait-il poser une telle question, "Mon père est-il toujours vivant" ? Au cours de l'interrogatoire, ses frères n'avaient cessé de répéter avec quelle anxiété leur vieux père Yaacov attendait leur retour à la maison. Donc Yossef devait certainement savoir que Yaacov était vivant !"

La classe médita sur la question : Il est vrai que les frères avaient souvent mentionné le nom de Yaacov, comment Yossef pouvait-il alors demander si son père était toujours en vie ?

Rabbi Silver observait la classe silencieuse pour voir si quelqu'un avait une réponse ou une explication à proposer. Tout à coup, il remarqua qu'au fond de la salle, Mattitiyahou avait levé la main. Rabbi Silver était interloqué. Il n'avait même pas remarqué que Mattitiyahou écoutait attentivement.
La classe se retourna pour voir quel était l'élève que leur Rebbe dévisageait ainsi. Mattitiyahou levait faiblement la main, attendant la permission de son maître pour prendre la parole.

"Oui Mattitiyahou, dit Rabbi Silver, as-tu une réponse à cette question ?"

Le garçon commença à répondre à voix basse, presque en chuchotant : "Je crois que je sais ce que Yossef demandait".

"Veux-tu bien le dire à la classe" demanda Rabbi Silver, espérant que ce garçon si timide ne changerait pas d'avis

. "Vas-y", dit le Rebbe avec anxiété.

"Yossef savait bien que Yaacov était toujours vivant, commença le jeune garçon, puisque ses frères le lui avaient dit. Mais Yossef n'a pas demandé : "Votre père est-il toujours vivant ?". Il a demandé: "MON père est-il toujours vivant ? Pense-t-il toujours à MOI ? Après toutes ces années où j'ai été séparé de lui, tient-il toujours à moi ? Me considère-t-il toujours comme son fils ?
Le garçon avala péniblement sa salive, puis ajouta :
"C'est ce que Yossef voulait dire quand il a demandé: "Mon père est-il toujours vivant ?"
Les larmes montèrent aux yeux de Rabbi Silver quand il comprit ce que les garçons de la classe étaient peut-être trop jeunes pour avoir pu deviner. Avec tristesse, il comprit que Mattitiyahou ne parlait pas seulement de Yossef en Egypte. Il parlait aussi de l'enfant abandonné qu'il était, assis au fond de cette classe. Il parlait de lui-même.

Chaque enfant a sa sensibilité et ses sentiments. Parfois, ils ne peuvent être exprimés verbalement. D'autres fois, les mots sont là, comme des fenêtres ouvertes sur les pensées de l'enfant. Un professeur ou un parent intuitif peut apercevoir ces fenêtres cachées derrière des rideaux. Avec gentillesse et compassion , Il doit essayer de soulever le voile pour que la personnalité de l'enfant passe au grand jour.
Le Maguid de Jérusalem

* * * Amour gratuit, haine gratuite...

Des conséquences insoupçonnées !

"Il (Yossef) se jeta au cou de Binyamin son frère et pleura ; et Binyamin pleura aussi dans ses bras."

Genèse, 45,14.

Yossef pleura sur les deux Temples qui seront construits dans le territoire de Binyamin, puis détruits.

Tandis que Binyamin pleura sur le sanctuaire de Shilo qui sera construit dans le futur territoire de Yossef puis également détruit.
Rachi.

Et les choses sont incroyables.

Comment à un tel moment de joie où Yossef se dévoile à ses frères, peuvent-ils avoir le cœur à pleurer sur la destruction d'édifices de plusieurs générations plus tard ? Et pourquoi chacun pleura précisément sur la destruction de l'édifice de son prochain (et par sur le sien) ?

Le Tsaddik Rabbi Yé'hizkiel de Kozmir Zatsal répond ainsi :

Lorsque tous les frères, chacun représentant une tribu, se réunirent après une séparation tellement longue, ils réalisèrent que la cause de leur séparation n'était due qu'à la haine gratuite. Tout de suite, ils virent par prophétie l'ampleur et la gravité du péché de la haine gratuite, susceptible de provoquer la destruction des deux Temples. C'est pour cette raison qu'ils pleurèrent sur les destructions qui allaient avoir lieu dans le futur.

Et comment réparer cette faute ? Comment peut-on l'expier et encore mieux, comment peut-on la prévenir ?

Grâce à l'amour gratuit, total et inconditionné, Ahavat 'hinam : savoir s'affliger plus sur le malheur de son prochain que sur le sien. Que l'affliction de son prochain soit plus pénible à supporter que sa propre affliction.

Ahavat 'hinam, c'est aussi et surtout savoir se réjouir du bonheur de son prochain plus que du sien.

C'est ce qui se produisit entre Yossef et Binyamin : chacun pleura sur le malheur de l'autre, pour montrer et enseigner aux générations à venir que la haine gratuite engendre les pleurs et que sa réparation s'effectue par l'amour gratuit, le fait que chacun pleure sur le malheur de son prochain.

Grâce à cela, nous parviendrons à nous réjouir pour sa propre joie et pour la joie de notre prochain. Car de même que la haine gratuite engendre la destruction des Temples dans les pleurs et les lamentations, de même, l'amour gratuit amène la Rédemption, la joie éternelle et la reconstruction du troisième Temple, bientôt et de nos jours. Amen.

De là nous comprenons l'affirmation de nos Sages dans le Talmud:

"Celui qui réjouit le marié et la mariée est considéré comme s'il avait reconstruit l'une des ruines de Jérusalem".
Brakhot, 5.

La mitsva de réjouir les mariés s'insère dans le principe de "l'amour gratuit", car le marié et la mariée sont certes déjà joyeux par le fait même qu'ils se marient.
Mais les invités, eux ne se réjouissent pas pour eux-mêmes, mais uniquement parce qu'ils sont heureux de savoir que les mariés vont fonder ensemble un nouveau foyer juif.
De ce fait, toute joie supplémentaire qu'ils vont procurer au marié et à la mariée entraîne la reconstruction d'une des ruines de Jérusalem, détruite par la haine gratuite…

* * * Le choix.

"Et Yehouda, Yaacov l'envoya devant lui, vers Yossef, pour le guider, pour lui préparer l'entrée à Gochèn.
Genèse, 46,28.

Rachi :
"Pour lui préparer un centre d'études d'où sortira l'enseignement."

L'Egypte avait une culture et un culte inadéquate pour Yaacov. Donc Yehouda partit préparer le terrain pour empêcher une osmose entre les 2 peuples.
C'est ainsi qu'il fonda une Yéshiva qui contribuera a créer une atmosphère propice où la torah puisse se pratiquer sans que les Hébreux soient atteints par les influences de l'Egypte.
Un Yéshiva est d'abord une protection de la nature, dans la mesure où le peuple d'Israël à un but et une fonction différente dans le monde, il fallait pour que les tribus puissent s'épanouir dans leur idéal, un moteur pour ce peuple.
Une Yéshiva fait naître des enseignants, elle est l'endroit où les idées du Judaïsme se développent et se transmettent. Elle est donc le lieu de prédilection qui, non seulement protège contre les idées extérieures, contre les influences des autres cultures qui poussent les Juifs à se diriger hors de leur idéal, mais qui est aussi l'organe central, le cœur de la réflexion et de l'identité juives.

Il semblerait que Yaacov ait envoyé Yehouda chez Yossef pour l'informer que, bien qu'étant le second du roi et un homme très occupé, il n'était pas dispensé de se préoccuper de la fondation d'une Yéshiva.
Bien qu'étant fort absorbé par ses fonctions de dirigeant du pays, Yossef devait quand même se préoccuper du développement de la Torah dans le pays.

A plus forte raison chacun d'entre nous, nous devons veiller à diffuser la pratique de la Torah autour de nous, en nous écartant au préalable des influences néfastes qui pourraient entraver son développement, puis en instaurant un endroit où la Torah puisse se pratiquer convenablement.

Yaacov aurait pu s'inquiéter d'abord d'avoir un bel endroit où fixer sa résidence, d'y construire une maison confortable, de vérifier si l'endroit était bien approvisionné en nourriture, etc. Mais, en réalité, il ne se soucia en premier lieu que de la construction d'un endroit où l'on puisse se préoccuper de la Torah en toute quiétude.

Maintenant on comprend pourquoi on doit choisir un endroit de Torah avant de déménager.

Combien de juifs aurait-on pu sauver avec cette réflexion !
Taam véDaat.

* * * L'inauguration de la maison.

"Et Yehouda, il (Yaacov) l'envoya devant lui, vers Yossef, pour le guider, pour lui préparer l'entrée à Gochèn.

Genèse, 46,28.

De là, nous comprenons l'importance, lors d'un emménagement dans une nouvelle maison, de marquer la circonstance par l'étude d'un passage de Torah en présence de 10 personnes (si cela est possible) , et ce, afin de montrer que l'essentiel de notre installation dans cette nouvelle demeure est d'y étudier la Torah.

Le Chlah haKadoch commente sur le même verset :

"Dans toute action que l'homme entreprend, sa première pensée devra être consacrée pour le Ciel. Donc en emménageant, toute personne devra penser en premier lieu à réserver une pièce pour l'étude de la Torah, pour la prière et la méditation, un endroit où les Sages pourront venir se rassembler pour l'étude en commun.
Cela étant fait, il réfléchira ensuite à l'agencement des autres pièces de la maison."

Et c'est ainsi qu'agit Yaacov en envoyant au préalable Yehouda en terre de Gochen !

rav-attali@orisrael.org

 

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